Le diagnostic et la gestion du syndrome du côlon irritable (SCI) peuvent être frustrants, à la fois pour les personnes présentant des symptômes du SCI et pour les cliniciens. Les deux parties doivent comprendre les limites des connaissances actuelles sur le SCI et reconnaître la nature chronique de la maladie.

1.1 Diagnostic du SII

La confirmation d’un diagnostic de SCI est une partie cruciale de cette directive. L’objectif principal devrait être d’établir le profil des symptômes de la personne, la douleur ou l’inconfort abdominal étant un symptôme clé. Il est également nécessaire d’établir la quantité et la qualité de la douleur ou de l’inconfort, et d’identifier son site (qui peut être n’importe où dans l’abdomen) et si cela varie. Cela distingue le SII de la douleur liée au cancer, qui a généralement un site fixe.

Lors de l’établissement de l’habitude intestinale, montrer aux gens l’échelle de forme des selles de Bristol (voir l’annexe I de la directive complète) peut les aider avec la description, en particulier lors de la détermination de la qualité et de la quantité des selles. Les personnes présentant des symptômes du SCI signalent généralement une évacuation incomplète/une hypersensibilité rectale, ainsi qu’une urgence impérieuse, qui est augmentée dans le SII à diarrhée prédominante. Environ 20 % des personnes souffrant d’incontinence fécale ne divulguent leur incontinence que si on leur demande. Les personnes qui présentent des symptômes du SCI doivent se voir poser des questions ouvertes pour établir la présence de tels symptômes (par exemple, « parlez-moi de la façon dont vos symptômes affectent certains aspects de votre vie quotidienne, comme quitter la maison »). Les professionnels de la santé doivent être sensibles aux besoins culturels, ethniques et de communication des personnes dont l’anglais n’est pas la langue maternelle ou qui peuvent avoir des problèmes ou des handicaps cognitifs et/ou comportementaux. Ces facteurs doivent être pris en considération pour faciliter une consultation efficace.

1.1.1 Évaluation initiale

1.1.1.1 Les professionnels de la santé doivent envisager une évaluation du SII si la personne déclare avoir l’un des symptômes suivants pendant au moins 6 mois :

1.1.1.2 Toutes les personnes présentant des symptômes possibles du SCI doivent être évaluées et examinées cliniquement pour les indicateurs de « drapeau rouge » suivants et doivent être référées aux soins secondaires pour une enquête plus approfondie le cas échéant :

1.1.1.3 Cette recommandation a été retirée [2017].

1.1.1.4 Un diagnostic de SCI ne doit être envisagé que si la personne souffre de douleurs ou d’inconforts abdominaux qui sont soit soulagés par la défécation, soit associés à une altération de la fréquence intestinale ou de la forme des selles. Cela devrait être accompagné d’au moins deux des quatre symptômes suivants :

  • passage des selles altéré (effort, urgence, évacuation incomplète)

  • ballonnements abdominaux (plus fréquents chez les femmes que chez les hommes), distension, tension ou dureté

  • symptômes aggravés en mangeant

  • passage de mucus.

    D’autres caractéristiques telles que la léthargie, les nausées, les maux de dos et les symptômes de la vessie sont courantes chez les personnes atteintes du SCI et peuvent être utilisées pour étayer le diagnostic. [2008]

1.1.2 Tests diagnostiques

1.1.2.1 Chez les personnes qui répondent aux critères de diagnostic du SII, les tests suivants doivent être effectués pour exclure d’autres diagnostics :

  • formule sanguine complète (FBC)

  • vitesse de sédimentation des érythrocytes (ESR) ou viscosité plasmatique

  • protéine c-réactive (CRP)

  • test d’anticorps pour la maladie cœliaque (anticorps endomysiaux [EMA] ou transglutaminase tissulaire [TTG]). [2008]

1.1.2.2 Les tests suivants ne sont pas nécessaires pour confirmer le diagnostic chez les personnes qui répondent aux critères de diagnostic du SCI :

  • ultrason

  • sigmoïdoscopie rigide/flexible

  • coloscopie; lavement baryté

  • test de la fonction thyroïdienne

  • test des ovules fécaux et des parasites

  • sang occulte fécal

  • test respiratoire à l’hydrogène (pour l’intolérance au lactose et la prolifération bactérienne). [2008]

1.2 Prise en charge clinique du SII

1.2.1 Conseils diététiques et de style de vie

1.2.1.1 Les personnes atteintes du SCI devraient recevoir des informations qui expliquent l’importance de l’auto-assistance dans la gestion efficace de leur SCI. Cela devrait inclure des informations sur le mode de vie général, l’activité physique, l’alimentation et les médicaments ciblés sur les symptômes. [2008]

1.2.1.2 Les professionnels de la santé doivent encourager les personnes atteintes du SCI à identifier et à tirer le meilleur parti de leur temps libre et à créer un temps de relaxation. [2008]

1.2.1.3 Les professionnels de la santé doivent évaluer les niveaux d’activité physique des personnes atteintes du SCI, idéalement en utilisant le Questionnaire d’activité physique de pratique générale (GPPAQ ; voir l’annexe J de la ligne directrice complète). Les personnes ayant un faible niveau d’activité devraient recevoir de brefs conseils et conseils pour les encourager à augmenter leur niveau d’activité. [2008]

1.2.1.4 Le régime alimentaire et la nutrition doivent être évalués pour les personnes atteintes du SCI et les conseils généraux suivants doivent être donnés.

  • Prenez des repas réguliers et prenez le temps de manger.

  • Évitez de manquer des repas ou de laisser de longs intervalles entre les repas.

  • Buvez au moins 8 tasses de liquide par jour, en particulier de l’eau ou d’autres boissons non caféinées, par exemple des tisanes.

  • Limitez le thé et le café à 3 tasses par jour.

  • Réduire la consommation d’alcool et de boissons gazeuses.

  • Il peut être utile de limiter la consommation d’aliments riches en fibres (comme la farine et le pain complets ou riches en fibres, les céréales riches en son et les grains entiers comme le riz brun).

  • Réduisez la consommation d’« amidon résistant » (amidon qui résiste à la digestion dans l’intestin grêle et atteint le côlon intact), qui se trouve souvent dans les aliments transformés ou recuits.

  • Limitez les fruits frais à 3 portions par jour (une portion doit être d’environ 80 g).

  • Les personnes souffrant de diarrhée doivent éviter le sorbitol, un édulcorant artificiel présent dans les sucreries (y compris les chewing-gums) et les boissons sans sucre, et dans certains produits pour diabétiques et amincissants.

  • Les personnes souffrant de vent et de ballonnements peuvent trouver utile de manger de l’avoine (comme des céréales pour petit-déjeuner ou du porridge à base d’avoine) et des graines de lin (jusqu’à 1 cuillère à soupe par jour). [2008]

1.2.1.5 Les professionnels de la santé doivent revoir l’apport en fibres des personnes atteintes du SCI, en l’ajustant (généralement en le réduisant) tout en surveillant l’effet sur les symptômes. Les personnes atteintes du SCI devraient être découragées de manger des fibres insolubles (par exemple, le son). Si une augmentation des fibres alimentaires est conseillée, il devrait s’agir de fibres solubles telles que la poudre d’ispaghula ou d’aliments riches en fibres solubles (par exemple, l’avoine). [2008]

1.2.1.6 Il faut conseiller aux personnes atteintes du SCI qui choisissent d’essayer les probiotiques de prendre le produit pendant au moins 4 semaines tout en surveillant l’effet. Les probiotiques doivent être pris à la dose recommandée par le fabricant. [2008]

1.2.1.7 Les professionnels de la santé devraient décourager l’utilisation de l’aloe vera dans le traitement du SCI. [2008]

1.2.1.8 Si les symptômes du SCI d’une personne persistent tout en suivant des conseils généraux sur le mode de vie et l’alimentation, offrez-lui des conseils sur la poursuite de la gestion diététique. Ces conseils devraient :

  • inclure des régimes alimentaires simples d’évitement et d’exclusion (par exemple, une faible teneur en FODMAP [fermentable oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides and polyols] diète)

  • être administré uniquement par un professionnel de la santé ayant une expertise en gestion diététique. [new 2015]

1.2.2 Thérapie pharmacologique

Les décisions concernant la prise en charge pharmacologique doivent être fondées sur la nature et la gravité des symptômes. Les recommandations formulées ci-dessous supposent que le choix d’un médicament unique ou combiné est déterminé par le(s) symptôme(s) prédominants.

1.2.2.1 Les professionnels de la santé devraient envisager de prescrire des agents antispasmodiques aux personnes atteintes du SCI. Ceux-ci doivent être pris au besoin, en plus des conseils diététiques et de style de vie. [2008]

1.2.2.2 Les laxatifs doivent être envisagés pour le traitement de la constipation chez les personnes atteintes du SCI, mais les personnes doivent être découragées de prendre du lactulose. [2008]

1.2.2.3 Envisagez le linaclotide pour les personnes atteintes du SCI uniquement si :

  • les doses optimales ou maximales tolérées de laxatifs précédents de différentes classes n’ont pas aidé et

  • ils souffrent de constipation depuis au moins 12 mois.

    Suivi des personnes prenant du linaclotide après 3 mois. [new 2015]

1.2.2.4 Le lopéramide devrait être le premier choix d’agent antimotilité pour la diarrhée chez les personnes atteintes du SCI. [2008]

1.2.2.5 Les personnes atteintes du SCI doivent être informées de la manière d’ajuster leurs doses de laxatif ou d’agent antimotilité en fonction de la réponse clinique. La dose doit être ajustée en fonction de la consistance des selles, dans le but d’obtenir des selles molles et bien formées (correspondant à l’échelle Bristol Stool Form Scale de type 4). [2008]

1.2.2.6 Envisager les antidépresseurs tricycliques (ATC) comme traitement de deuxième intention pour les personnes atteintes du SCI si les laxatifs, le lopéramide ou les antispasmodiques n’ont pas aidé. Commencer le traitement à une faible dose (5 à 10 mg d’équivalent d’amitriptyline), prise une fois le soir, et revoir régulièrement. Augmenter la dose si nécessaire, mais généralement pas au-delà de 30 mg.[] [2015]

1.2.2.7 Envisager des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) pour les personnes atteintes du SCI uniquement si les ATC sont inefficaces.2[2015]

1.2.2.8 Tenez compte des effets secondaires possibles lorsque vous proposez des ATC ou des ISRS aux personnes atteintes du SCI. Suivi des personnes prenant l’un de ces médicaments pour la première fois à faibles doses pour le traitement de la douleur ou de l’inconfort du SCI après 4 semaines, puis tous les 6 à 12 mois.2[2015]

1.2.3 Interventions psychologiques

1.2.3.1 Référence pour des interventions psychologiques (thérapie cognitivo-comportementale [CBT], l’hypnothérapie et/ou la thérapie psychologique) doivent être envisagées pour les personnes atteintes du SCI qui ne répondent pas aux traitements pharmacologiques après 12 mois et qui développent un profil de symptômes continu (décrit comme un SCI réfractaire). [2008]

1.2.4 Médecine complémentaire et alternative (CAM)

1.2.4.1 L’utilisation de l’acupuncture ne doit pas être encouragée pour le traitement du SCI. [2008]

1.2.4.2 L’utilisation de la réflexologie ne doit pas être encouragée pour le traitement du SCI. [2008]

1.2.5 Suivi

1.2.5.1 Le suivi doit être convenu entre le professionnel de la santé et la personne atteinte du SCI, en fonction de la réponse des symptômes de la personne aux interventions. Cela devrait faire partie de l’examen annuel du patient. L’émergence de tout symptôme de « drapeau rouge » au cours de la prise en charge et du suivi devrait inciter à une enquête plus approfondie et/ou à une orientation vers des soins secondaires. [2008]